« Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu… ».
Aujourd’hui nous allons aborder le sujet des souvenirs et en particulier ceux suscités par les odeurs. Qui n’a jamais entendu parler de l’épisode la madeleine de Proust tiré de son ouvrage À la recherche du temps perdu? (même Dave y fait référence dans une de ses chansons!) Vous avez très certainement déjà fait cette expérience d’ailleurs. Vous sentez une odeur que vous n’avez pas sentie depuis belle lurette et hop, en une fraction de seconde vous vous retrouvez projetté(e) dans le passé, vous revivez le moment où vous avez senti cette odeur pour la première fois. Si justement vous avez déjà vécu ce genre d’expérience vous savez à quel point cette sensation est particulière, et à quel point le sentiment d’être projeté dans le passé est fort. Mais qu’est-ce qui fait que ces expériences sont si intenses? De plus, les odeurs sont-elles plus efficaces que d’autres modalités (images, sons) pour raviver des souvenirs?
Ce sont les questions que Miles et Berntsen se sont posées dans leur étude publiée en 2011 dans Memory. Ils se sont demandé si des odeurs pouvaient entraîner un voyage mental dans le temps (VMT – Mental Time Travel en anglais) dans le passé comme dans le futur. Puis ils ont comparé les résultats avec les VMT induits par d’autres “déclencheurs” (éléments visuels et auditifs).
Des études précédentes avaient indiqué que les souvenirs suscités par des odeurs étaient spécifiques de certaines périodes de la vie. C’est-à-dire que ces souvenirs renvoyaient toujours à des évènements ayant eu lieu au court des 10 premières années de la vie [1,2]. D’autre part, ces souvenirs étaient décrits comme moins spécifiques que ceux suscités par d’autres “déclencheurs”. D’après Miles et Berntsen deux hypothèses peuvent être avancées:
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le caractère unique du couplage d’une odeur à un évènement. En effet, quand une odeur donnée est sentie pour la première fois elle est associée à l’évènement présent. Cette association sera privilégiée par la suite, et il sera extrêmement difficile d’en créer une nouvelle. Ce phénomène est appelé interférence proactive. Donc, si la première fois que vous avez senti, disons la naphtaline, c’était chez votre grand-mère, votre cerveau a associé cette odeur spécifique au contexte très particulier “chez mémé”. Donc le jour où, une fois adulte vous vous êtes retrouvé(e) confronté(e) à nouveau à cette même odeur, vous avez très certainement effectué un voyage dans le passé, vous revoyant jouer aux petits chevaux en mangeant une barre Kind*r dans un bout de brioche! Et pour vous, cette odeur sera toujours associée à ces moments, peu importe le(s) contexte(s) dans le(s)quel(s) vous retrouver ce parfum par la suite.
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Une autre hypothèse est celle supposant que les souvenirs induits par des odeurs sont souvent moins spécifiques que ceux suscités par des indices verbaux. Il est bien admis maintenant que les souvenirs plus génériques renvoient à des évènements plus éloignés dans le temps, alors que plus les évènements sont proches dans le temps (passé comme futur) plus ils sont spécifiques.
Dans leur étude Miles et Bersten ont exposé leurs sujets à des indices auditifs, visuels et olfactifs, puis ils leur ont demandé de les relier à un souvenir ou un évènement futur (avec une très forte probabilité que cet évènement leur arrive). Les sujets avaient ensuite à évaluer leur expérience de VMT selon différentes caractéristiques. Les résultats obtenus sont en accord avec des études précédentes, montrant la capacité unique des odeurs à faire ressugir des souvenirs de l’enfance. D’après les participants les évènements du passé ou du futur liés à des odeurs sont moins spécifiques comparés à ceux suscités par d’autres modalités. Cela implique que la capacité des odeurs à ramener les personnes dans le passé n’est pas due à un manque de spécificité de ces évènements, comme supposé par certains, car sinon cette même caractéristique devrait être retrouvée dans le cas des VMT dans le futur. Ces résultats semblent donc privilégier l’hypothèse liée au caractère unique du couplage d’une odeur à un contexte précis. D’après Miles et Bernsten cela pourrait être dû à une interférence proactive accrue et une diminution du renforcement rétroactif. Autrement dit, la première fois que l’on rencontre une odeur on l’associe au contexte présent, et cette association sera par la suite largement privilégiée et difficile à modifier.
Si on s’intéresse aux structures du cerveau impliquées dans ce sentiment si spécial d’être transporté dans le passé grâce à une odeur, ce phénomène est très certainement lié aux fortes interactions entre le bulbe olfactif, l’hippocampe, le cortex préfrontal ainsi que l’amygdale [2]. L’hippocampe est lié à la mémoire épisodique, l’agmygdale est elle, impliquée dans le traitement émotionnel des souvenirs et le cortex préfrontal jour un rôle important dans les souvenirs autobiographiques. Donc l’activation de ces trois régions au cours de la récupération d’un souvenir autobiographique est sans doute responsable de la forte conscience autonoétique ressentie lors de ces flashbacks.
Pour résumer le phénomène de “petites madeleines” peut être expliqué par le fait que les odeurs sont couplées de façon spécifique et unique au contexte dans lequel elles ont été rencontrées pour la première fois. De plus les importantes connexions entre le bulbe olfactif, l’amygdale, le cortex préfrontal et l’hippocampe expliquent en partie certains des aspects caractéristiques de ce genre d’expériences.
Voilà, maintenant, la prochaine que vous aurez “une petite madeleine” vous pourrez repenser à ce post. Ou mieux, si une odeur particulière est présente au moment où vous survolez ces quelques lignes, la prochaine fois que vous la sentirez vous revivrez peut-être le moment où vous lisiez ce billet! ![]()
Et si vous voulez avoir des « petites madeleines » au sens propre, c’est par là
Références:
1. Miles AN, Berntsen D., Memory. 2011 Nov;19(8):930-40. Epub 2011 Oct 28.
2. Larsson M, Willander J. Ann N Y Acad Sci. 2009 Jul;1170:318-23.
Source photo: Wikipedia

